Plus de huit ans après la révolution de la place Tahrir, la société égyptienne est partagée entre résignation et rêves brisés. Les femmes, également actrices de ce mouvement social ayant alimenté le printemps arabe, cherchent des lieux où s’exprimer, bravent parfois les interdits, et passent outre le qu’en-dira-t-on ou les regards désapprobateurs. Le parkour constitue pour certaines une échappatoire, ce sport étant plus accessible et plus souple que d’autres activités qui existent.


En 2013, l’Égypte était considérée comme le « pire pays pour les femmes » parmi 22 pays du monde arabe, selon l’étude portant sur les droits des femmes dans le monde arabe de la Fondation Thomson Reuters, étude menée depuis les printemps arabes. Les statistiques sont tristement claires : 90% d’entre elles ont déjà dû faire face au moins à une agression physique ou verbale dans la rue. D’ailleurs, la pratique du sport est souvent résumée à cet argument : les femmes sont censées être protégées par leur père ou leurs frères… Dans ce contexte, bien que le parkour se développe de plus en plus auprès des jeunes Égyptiennes, reste que le sport est un privilège de classe que toutes ne peuvent se permettre, faute de moyens financiers, de culture et d’éducation.


Guillaume Bouvy

C’est pour se réapproprier les rues du Caire que Rania et une poignée d’autres jeunes filles ont décidé se lancer dans le parkour. 

Un sport né en France dans les années 90 et rendu célèbre par le film Yamakasi d’Ariel Zeitoun (2004).

Le principe est simple ; apprendre à se déplacer rapidement dans un environnement urbain sans l'aide de matériel, en escaladant les immeubles à mains nues, en sautant de toit en toit, en

effectuant des pirouettes...

Si ce sport n’est pas nouveau en Égypte, il était avant tout réservé aux hommes. 

Or, depuis quelques années, de plus en plus de jeunes femmes décident de se lancer. Car cette discipline est avant tout un moyen pour elles de se réapproprier les rues du Caire. Grâce aux Parkour, les égyptiennes  reprennent confiance en elles et osent (re)prendre possession de l’espace urbain, traditionnellement réservé aux hommes.


Un choix audacieux et courageux dans un pays où les femmes doivent faire profil bas.

À Alexandrie, le club Alexandria Insanity compte 40 personnes, dont 10 femmes. Amr, l’un des entraîneurs, explique : « Ce n’est pas comme au Caire, c’est une plus petite ville ici. Le parkour n’a pas une bonne image, cela peut même être dangereux de le pratiquer. En règle générale, les femmes vont préférer faire du fitness ou de la gym. Les familles ne sont pas toutes d’accord ». 

Concrètement, les entraînements à l’extérieur sont rares, encore plus pour les femmes.


Guillaume Bouvy

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